Situation

Ce n'est que lorsqu'on regarde attentivement le bâtiment de la Narzissenstrasse 10 que l'on remarque qu'il s'agit d'une église.
L'affiche avec deux matriochkas (poupées russes) indique le centre russe pour enfants, dont le bureau et le jardin d'enfants se trouvent dans l'enceinte de l'église.

De l'arrêt Oberstrass à Zurich on remarque, environ 150 mètres en dessous de l'Universitätsstrasse, entre les immeubles d'habitation, une tour coiffée d'un bulbe vert foncé. De la pointe du bulbe, s'élève vers le ciel une croix dorée. Sur la gauche de la Stapferstrasse, nous prenons la Narzissenstrasse et nous arrivons déjà devant un bâtiment qui a fonction d'église. L'entrée principale, flanquée de deux représentations d'anges, se situe sur la gauche de la façade asymétrique. Entre le couvert de la porte et la représentation du Christ ressuscité accompagné de deux de ses disciples célébrant la cène, nous lisons l'inscription «Emmaus». Dans la vitrine de la clôture, sur le bord de la route, nous remarquons un renseignement: l'ancienne chapelle Emmaus de la communauté Chrischona devant laquelle nous nous tenons est devenue l'église russe-orthodoxe de la Résurrection. Il ne s'agit pas d'une église conventionnelle; le bâtiment héberge, à côté de la salle de l'office religieux, un appartement pour le prêtre, un jardin d'enfants, une crypte et plusieurs salles de réunion. L'histoire du bâtiment permet de comprendre pourquoi les anges, à l'entrée, ne furent pas directement peints sur la façade mais représentés sur des toiles accrochées au mur.

Histoire de la construction et motifs de sa réalisation

L'entrée de l'église. A droite et à gauche de la porte, des messagers célestes, peints dans un style traditionnel, introduisent les individus dans le bâtiment. Ils sont peints sur des toiles et au-dessous se trouve la peinture originale provenant de la communauté Chrischona. De cette dernière est également conservée l'inscription «Emmaus», au-dessus de l'entrée.
Le clocher de forme traditionnelle livré depuis la Russie est posé sur le toit. A son sommet se trouve la croix, à trois branches transversales, utilisée uniquement par l'église russe-orthodoxe. La traverse inférieure en biais symbolise l'élévation de l'enfer jusqu'au ciel rendue possible par l'intermédiaire de l'église.

Dès sa fondation, la communauté russe-orthodoxe de la Résurrection a eu son siège à la Kinkelstrasse à Zurich. Le père Oleg Batov raconte: «De 1936 à 2001 nous n'avions qu'un appartement de deux pièces comme église.» Comment en est-on venu à la nouvelle église? «C'était comme un miracle, j'avais toujours eu en vue cette maison parce que c'était une église avec des bâtiments joints. J'ai fait du 11 au 16 septembre 2001 un pèlerinage à Bari et le lendemain j'ai vu sur Internet une annonce concernant cette église. Nous avons dit: ‹Nous achetons!›» Afin d'acquérir la chapelle Emmaus, construite par la communauté Chrischona en 1910, nous avons fondé la même année le «Kirchenbauverein Russisch-orthodoxe Kirche Narzissenstrasse». Une donation faite par des hommes d'affaires russes fut déterminante pour l'acquisition de l'église. La communauté Chrischona semblait également heureuse qu'une église achète son bâtiment: «Ce fut rapide. Deux mois et la chose était réglée», se souvient Batov.

Peu de transformations furent effectuées, on devait juste éloigner l'orgue: «Nous n'avons pas d'orgue dans l'église russe-orthodoxe (...). Cela devait être en accord avec le style orthodoxe.» La tour en forme de bulbe fut livrée spécialement de Moscou. Elle fut placée au sommet de la tour déjà existante et parée de tuiles de céramique vert foncé. A la demande du service de conservation des monuments la nouvelle tour ne devait pas être plus haute que la précédente ; cette restriction ne concernait pas la croix orthodoxe. La forme des fenêtres ne pouvait pas être changée. Cela ne posait aucun problème à la communauté: «Nous n'avions aucun vœu concret, mais peut-être en aurions-nous arrondi la partie supérieure. Mais nous avons tout d'abord fait la demande.» Deux fresques d'anges que la communauté Chrischona avait disposées jadis des deux côtés de l'entrée principale ne purent pas être recouvertes de nouvelles peintures. Les nouveaux propriétaires trouvèrent une solution en recouvrant les deux anges par deux toiles sur lesquelles des messagers célestes de style orthodoxe accueillent les personnes à l'entrée. Pour l'esthétique intérieure du bâtiment, le peintre moscovite Alexander Kornouchow, qui travailla également en Géorgie et au Vatican, recouvrit de mosaïques le mur d'images et le sol de l'église.

Le 15 décembre 2002 on était si avancé que le Metropolite Kyrill de Smolensk et Kaliningrad, membre du Saint synode et chef du service extérieur du patriarcat de Moscou, célébrait la «grande inauguration». Juste six semaines auparavant, le propriétaire du bâtiment voisin avait fait opposition contre l'installation de deux cloches, démarche que le pasteur Batov comprend: «Ils avaient peur de ne pas pouvoir faire la grasse matinée le dimanche. C'est normal car les voisins sont très proches de notre église. Nous avons compris leur situation et promis que nous ferions peu sonner les cloches.» L'opposition fut finalement rejetée en mars 2003. Ainsi, les cloches de la Narzissenstrasse ne sonnent que le samedi à 17 heures et le dimanche à 10 heures et c'est seulement à Pâques que l'on entend les cloches à minuit.

Une figure pour un bâtiment

Oleg Batov

Oleg Batov fut ordonné prêtre à Smolensk et vécut à Moscou jusqu'en avril 2000. Dès lors il devient prêtre et directeur de conscience de la communauté de la Résurrection à Zurich. Il fait également partie du Conseil ecclésiastique et préside depuis 2001 le Kirchenbauverein. Dans la communauté on le nomme affectueusement «Batjuschka» (petit père). Batov est marié et habite au deuxième étage de l'église de la Narzissenstrasse. En novembre 2006 il fut nommé archiprêtre par le metropolit Kyrill Gundjajew, le plus haut rang qu'un ecclésiastique marié puisse atteindre dans l'église orthodoxe.

Voisinage et conflicts

Vue de la Narzissenstrasse.

Elena Messerli, la responsable financière de l'église, raconte : " Nous avons de bonnes relations de voisinage. A Pâques nous faisons une grande procession à minuit. Nous informons les gens par une petite lettre ornée d'un œuf de Pâques et nous nous excusons pour le bruit éventuel, et alors ça va. " Environ 500 personnes participent chaque fois au défilé avec des bougies et à minuit les cloches sonnent. Bien entendu, l'autorisation de la police est nécessaire pour une telle manifestation.

Dans le cadre de la semaine de prières pour l'unité des chrétiens, a eu lieu, en janvier 2004 pour la première fois, une célébration œcuménique de bénédiction des eaux dirigée par les orthodoxes. Représentants et représentantes de différentes églises chrétiennes du canton de Zurich participèrent à la procession durant laquelle on se dirigea en direction de la Limmat avec les bannières des églises. Conformément à la conception orthodoxe de la création sanctifiée le père Oleg Batow bénit la Limmat en y plongeant une croix.

Tradition religieuse

L'intérieur de l'église: environ au milieu de la pièce destinée à la communauté se trouve un pupitre. Au-dessus, le plafond est recouvert par une mosaïque du Christ. La «lumière du monde» qui émane de ce dernier est symbolisée par un grand lustre. La communauté célèbre le service religieux debout, sans chaise, comme dans toutes les églises orthodoxes. Au plafond on voit encore les anciens éléments de stuc. Dans la partie arrière de la salle, l'iconostase marque la séparation avec la pièce de l'autel.
La pièce de l'autel, visible pour la communauté au travers de la porte centrale de l'iconostase. Lors de la liturgie, et en particulier de l'eucharistie, la séparation entre les domaines terrestres (salle commune) et célestes (pièce de l'autel) est abolie. La communauté prend alors part à la réalité céleste qui se manifeste par le truchement du prêtre. A la fin du service religieux les réalités divines et mondaines sont à nouveau séparées.
Une vue de Moscou, siège du patriarche de l'église russe-orthodoxe.

D'après la légende, l'apôtre André fut le premier missionnaire chrétien dans la région devenue plus tard la Russie. Les historiens sont cependant d'avis que les peuples slaves de l'Est ne furent christianisés qu'au dixième siècle. Au niveau du droit ecclésiastique, l'église russe dépendait jusqu'au XVIème siècle du patriarcat de Constantinople. Le statut d'église autocéphale (avec son propre chef) obtenu en 1589 donna bientôt à Moscou la conviction d'être la «troisième Rome».

Après la révolution d'octobre, on déposséda en 1918 l'église russe-orthodoxe de ses biens, terrains ainsi que bâtiments. A partir de 1929 son activité, dans les bâtiments que l'état lui avait mis à disposition, fut restreinte. Jusqu'en 1940, l'état soutint une propagande antichrétienne et de nombreux membres de l'église furent emprisonnés. Depuis 1990 l'église a cependant retrouvé une grande partie de ses possessions. En 1998, les célébrations des 1000 ans de l'église russe-orthodoxe, suivies internationalement, conduisirent à une nouvelle détente des relations entre l'état et l'église.

L'église russe-orthodoxe, forte d'environ 60 millions de croyants (en Russie), est la plus grande église orthodoxe nationale du monde. Elle compte environ 130 éparchies (évêchés) dans le monde. Depuis le 27 janvier 2009, son dirigeant est Kyrill, «patriarche de Moscou et de toute le Russie» qui avait inauguré en 2002 en tant que métropolite l'église de la Résurrection de Zurich.

L'église russe-orthodoxe célèbre ses fêtes d'après le calendrier julien, qui diffère de 13 jours du calendrier grégorien. C'est pour cette raison que la naissance du Christ est fêtée le 7 janvier à la Narzissenstrasse. La liturgie russe-orthodoxe est célébrée en slavon.

La communauté de la Résurrection fut fondée en 1936 à Zurich. Elle est la seule église de Suisse allemande dépendant du patriarcat de Moscou. Elle compte 300 membres inscrits. Il existe également une paroisse Saint-Pokrov à la Haldenbachstrasse 2 à Zurich. Elle appartient à l'«église russe-orthodoxe en exil» qui, après la révolution et la guerre civile, fut fondée hors de l'Union soviétique par des chrétiens russes-orthodoxes. Son dirigeant (métropolite) a son siège depuis 1957 à New York. L'«église russe-orthodoxe en exil» est considérée par l'église russe-orthodoxe et l'orthodoxie en entier comme une église avec un statut irrégulier ; elle se comprend pourtant comme faisant partie (depuis 1990 comme une partie libre) de l'église russe orthodoxe.